• 22 août 2025

    Comment les polices avec et sans empattement façonnent la perception visuelle

Comprendre les bases : qu’est-ce qu’une typographie avec ou sans empattement ?

La typographie façonne la voix visuelle d’une marque. Deux grandes familles dominent cet univers : les polices avec empattement, connues sous le terme « serif », et celles sans empattement, appelées « sans-serif ».

  • Empattement (serif) : ce sont les petites extensions ou "pieds" au bout des lettres. On les retrouve par exemple dans Times New Roman, Garamond ou Georgia.
  • Sans empattement (sans-serif) : ces polices n’ont pas de traits terminaux, d’où leur nom. Citons Helvetica, Arial ou Futura.

L’histoire de ces deux styles s’entremêle avec celle de l’imprimerie et du design graphique. Les caractères à empattement apparaissent dès l’Antiquité romaine, alors que les premiers caractères sans empattement, eux, émergent au début du XIXe siècle avec l’essor de l’affichage publicitaire (Source : Typography.com).

Lisibilité et perception : le grand enjeu de la typographie

Lisibilité à l’écran et sur papier : un mythe persiste-t-il vraiment ?

  • Lecture prolongée : les polices à empattement facilitent le suivi des lignes sur papier, augmentant la vitesse de lecture jusqu’à 7% selon une étude du professeur Miles Tinker (Université du Minnesota, 1963). Les empattements servent de "ponts" visuels reliant les yeux à la ligne suivante.
  • À l’écran : les sans-serif sont préférés, car les pixels accentuent la clarté de leurs formes simples, en particulier à petite taille. En 2021, une étude Nielsen Norman Group souligne que 76% des sites web les plus visités privilégient le sans-serif pour le corps du texte.

Cependant, la distinction devient moins tranchée avec la haute définition des écrans modernes. De nombreux designers optent pour des polices à empattement même en numérique, valorisant leur élégance ou leur personnalité (Source : NNG).

Impact émotionnel et ambiance transmise

Typographie Impression laissée Domaines d’application
Avec empattement Classicisme, crédibilité, tradition, élégance Presse, édition, institutions, luxe
Sans empattement Modernité, accessibilité, efficacité, neutralité Technologie, startups, marques jeunes, signalétique

Un rapport de Monotype sur l’identité de marque signale que 73% des grandes entreprises financières utilisent une police à empattement dans leur logo ou leur communication institutionnelle, alors que 84% des jeunes entreprises technologiques privilégient le sans-serif (Source : Monotype).

Usage stratégique : pourquoi choisir l’une ou l’autre ?

Cas pratiques : contextes où le choix de police devient crucial

  • Impression longue durée : la presse écrite, l’édition littéraire et académique misent majoritairement sur le serif pour favoriser l’endurance visuelle du lecteur.
  • Numérique et interfaces : les sites de services, d’applications ou d’e-commerce optent pour le sans-serif, garant de rapidité de lecture et de sensation d’accessibilité.
  • Affichage : les transports publics ou la signalétique urbaine emploient souvent des sans-serif pour assurer la lisibilité à distance et sur des supports variés. La police Helvetica domine ainsi la signalétique du métro de New York depuis 1980.
  • Luxe, institutions, mode : la typographie serif s’impose chez les marques en quête de raffinement. Le logo de la maison Dior et les titres du New York Times illustrent parfaitement cette intention.

Hybrides et tendances récentes

Depuis quelques années, la frontière s’efface avec l’émergence des polices semi-serif, des designs modulables et customisables qui mélangent empattement et traits épurés. Google Fonts, par exemple, observe une recrudescence des familles variables depuis 2019, permettant d'ajuster finesse, empattement ou largeur en temps réel.

En 2022, une analyse Adobe Fonts indique que la combinaison "titre en serif / texte en sans-serif" progresse sur 25% des sites e-commerce premium, favorisant l’éveil de l’attention puis la lisibilité pratique.

  • Opentype Variable Fonts : ces polices "intelligentes" permettent d’affiner les nuances entre tradition et modernité, offrant une adaptabilité visuelle inédite (Source : Adobe Fonts).

Impacts psychologiques et codes culturels

La perception d’une police ne se cantonne pas à l’esthétique. Elle s’ancre dans l’inconscient collectif et véhicule un imaginaire.

  • Serif : évoque stabilité, autorité et authenticité dans la culture européenne. Par exemple, la police « Garamond » a accompagné les textes littéraires et savants depuis le XVIe siècle. Les polices à empattement sont perçues comme "humaines" – elles rappellent la calligraphie et le geste du scribe.
  • Sans-serif : symbolise progrès, ouverture et innovation depuis le Bauhaus. L’usage massif d’Helvetica et d’Arial dans la sphère publique a contribué à la standardisation d’une communication claire, sans affect.

Selon une étude menée par Daniel Chandler (Semiotics for Beginners, 1994), le choix de typographie influence inconsciemment la confiance envers un document. La même information éditée en serif inspire +8% de sérieux en plus auprès d’un panel d’utilisateurs, toutes langues et cultures confondues.

Erreurs courantes et recommandations

  • Ne pas confondre lisibilité et originalité : une police très ornementée (display serif) nuit à la lecture, même si elle attire l'attention.
  • Surcharger l’identité graphique : multiplier empattement et styles dans une même page affaiblit la structure visuelle et brouille le message.
  • Oublier les contraintes techniques : toutes les polices ne sont pas bien rendues sur tous les systèmes. Privilégier Google Fonts ou des alternatives web-safe reste crucial pour la cohérence cross-plateforme.
  • Prioriser les usages : toujours choisir la typographie en fonction de la cible, du support (papeterie, web, affichage grand format) et du ton de la marque.

Vers une alliance des styles ?

L’opposition entre serif et sans-serif s’avère moins rigide qu’il n’y paraît. Les tendances actuelles de la communication visuelle prônent l’audace raisonnée, l’harmonie typographique et la cohérence narrative. L’approche gagnante consiste souvent à maîtriser les codes, puis à les combiner subtilement pour révéler la singularité d’une marque ou d’un projet.

Saviez-vous, par exemple, que la quasi-totalité des grands journaux américains sont passés au sans-serif pour leurs titres numériques entre 2010 et 2018, alors que leur version imprimée continuait d’utiliser le serif ? Cette stratégie a permis d’accroître la fréquentation de leurs sites de plus de 15% en deux ans, en ligne avec de nouveaux usages mobiles (Source : NY Times).

La typographie n’est pas un simple choix esthétique. Elle agit comme un levier stratégique dans la création de valeur, de confiance et de mémorisation. Comprendre les subtilités entre empattement et sans empattement, c’est offrir à sa communication une force expressive et une pertinence durable.

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