• 2 février 2026

    Créer un parcours visuel fluide : la loi de similarité au service de la lecture sur les sites d’entreprise

Comprendre la loi de similarité : des codes naturels au digital

Dès l’enfance, notre cerveau apprend à grouper ce qui se ressemble : formes, couleurs, tailles, textures… Cette propension à regrouper les éléments similaires est formalisée par la loi de similarité, l’une des six Lois de la Gestalt. Appliquée au design, elle dicte la manière dont nous organisons et hiérarchisons l’information visuelle. En webdesign, ce principe devient crucial : il structure la lecture et influe, de manière parfois imperceptible mais essentielle, sur l’expérience utilisateur (UX) et la compréhension des contenus.

Loin d’être une règle abstraite, la loi de similarité indique comment des éléments graphiques identiques — des boutons, des titres, des icônes — vont être spontanément perçus comme appartenant à un même groupe ou remplissant une même fonction. Ce phénomène cérébral, documenté dès les années 1920 par les travaux de Wertheimer et Köhler, permet de filtrer et d’ordonner l’information visuelle instantanément (Psychology & Marketing, 2015). Cela explique notamment pourquoi un internaute parcourt un site en quelques secondes : il balaye les groupes visuels pour organiser sa lecture, s’orienter et hiérarchiser l’importance des éléments affichés.

La loi de similarité appliquée aux sites web d’entreprise

Des interfaces intuitives grâce à des repères visuels cohérents

Sur un site d’entreprise, la clarté du parcours visiteur se joue dans la première impression. Plus un utilisateur perçoit facilement les groupes d’éléments similaires (ex : tous les boutons d’appel à l’action, les titres de section, les encadrés d’informations), plus sa navigation devient naturelle.

  • Navigation : Les menus avec des liens stylistiquement homogènes (police, couleur de fond, taille) sont perçus d’un coup d’œil comme interactifs et fonctionnels. Une étude de l’Université de Cambridge montre que 94% des internautes déclarent la cohérence graphique comme un facteur clé pour se sentir en confiance sur un site (Cambridge University study, 2021).
  • Appels à l’action : Regrouper visuellement des boutons similaires (formes, couleurs, ombrages) crée un balisage mental clair : l’utilisateur sait où cliquer, quels sont les choix qui s’offrent à lui. C’est un gain de rapidité… et de conversions !
  • Blocs d’information : Les fiches produit d’un e-commerce ou les témoignages clients regroupés dans des encadrés analogues permettent de les identifier instantanément, sans effort.

L’impact sur le taux d’attention et la mémorisation

Une expérience menée par Jakob Nielsen (Nielsen Norman Group, 2023) révèle que les groupes similaires facilitent la mémorisation : sur les pages où les éléments sont regroupés selon la loi de similarité, le taux de rétention d’information augmente de 21% par rapport à des pages sans structure claire. Cela signifie que, même inconsciemment, les visiteurs mémorisent plus efficacement vos promesses, vos points forts – mais aussi vos offres commerciales.

Pour une entreprise, ce gain de lisibilité maximise l’efficacité du message et l’impact de la marque.

Décliner concrètement la loi de similarité sur votre site

Quels attributs utiliser pour regrouper ?

En UX design, cinq critères principaux sont exploités pour appliquer la loi de similarité :

  • La couleur : Utiliser une même couleur pour tous les liens ou boutons appelle l’action et balise instinctivement le parcours.
  • La forme : Arrondis, carrés, icônes pleines ou outlines : chaque type de forme doit servir à distinguer une fonction.
  • La taille : Les titres ont plus d’impact s’ils sont uniformes dans une section, les sous-titres un autre format, etc.
  • Le style typographique : Police, graisse, espacement : chaque variation peut aider à regrouper ou distinguer.
  • L’espace : Les marges et espaces blancs entre blocs similaires créent une “famille visuelle” facilement identifiable.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Incohérence graphique : Varier la forme ou la couleur pour un même type d’élément (parfois un bouton vert, parfois bleu ou arrondi, parfois non) nuit à l’identification rapide par l’utilisateur. Cela crée un sentiment de flou.
  • Surcharge visuelle : Multiplier les groupes similaires trop proches ou trop variés noie l’information. Le visiteur ne sait plus ce qui est lié ou différencié.
  • Détournement imprécis de la loi : Ne pas garder la même logique de regroupement entre desktop et mobile perturbe l’expérience cross-device, et fait baisser le taux de conversion mobile (mobile first design !).

Exemples marquants de la loi de similarité sur des sites d’entreprise

  • Slack, référence pour ses interfaces, utilise la couleur violette et la même forme pour tous ses boutons principaux (call-to-action), ce qui guide le regard et réduit l’hésitation.
  • LVMH (secteur luxe) propose une charte à la fois sobre et cohérente : tous les titres de projet sont en majuscules, même police, espace constant — la marque impose ainsi une lecture d’une grande fluidité.
  • Spotify Business regroupe ses offres en cartes colorées identiques, baptisées d’un même style graphique, ce qui aide les entreprises à comparer les options sans effort cognitif.

À l’inverse, certains sites institutionnels, trop segmentés ou changeant constamment de structure, peinent à transmettre une hiérarchie claire : les visiteurs perdent du temps à chercher l’info clé, ce qui augmente le taux de rebond.

La loi de similarité : levier de performance business mesurable

Indicateur Avant harmonisation Après harmonisation selon la loi de similarité
Taux de rebond 58% (moyenne secteur) 36% (après refonte, Source : GoodFirms 2022)
Taux de conversion 2,4% 3,9% (étude Crazy Egg 2022)
Satisfaction utilisateur 68/100 87/100 (questionnaires post-navigation, UsabilityHub 2023)

Ces chiffres illustrent l’apport décisif des regroupements visuels cohérents : ils réduisent la charge cognitive et fluidifient le parcours d’achat ou d’information.

Le cerveau met en moyenne 50 millisecondes pour juger d’un site, et se base à 77% sur la structure visuelle et la couleur pour faire ce tri (Behavioral Scientist, 2021). La loi de similarité optimise précisément ce temps d’accès à l’info décisive.

Outils et bonnes pratiques pour implémenter la loi de similarité

  1. Définir une charte graphique claire
    • Élaborer des guidelines pour chaque composant récurrent : boutons, titres, sous-titres, encadrés.
    • Prévoir des déclinaisons mobiles sans rompre la cohérence.
  2. Prototyper et tester
    • Utiliser des outils comme Figma ou Sketch pour simuler rapidement l’impact des groupes visuels.
    • Faire tester par des utilisateurs externes : observez les zones regardées en priorité (test d’oculométrie possible via Hotjar, Maze…)
  3. Mesurer et ajuster en continu
    • Analysez les heatmaps : des regroupements trop similaires ou trop variés ? Adaptez !
    • Corrélez avec vos analytics : si la zone la plus cliquée n’est pas celle prévue, la loi de similarité est sans doute mal exploitée.

De la similarité à l’identité de marque : une clé stratégique pour se différencier

Savoir manier la loi de similarité, ce n’est pas juste optimiser l’esthétique d’un site : c’est affirmer une identité forte, cohérente et rassurante. Les marques qui réussissent à exploiter ce principe offrent non seulement un confort visuel, mais aussi une expérience de marque mémorable, capable de fidéliser sur la durée.

Dans un contexte où la bataille pour l’attention des internautes est de plus en plus féroce, comprendre et appliquer en finesse la loi de similarité, c’est transformer chaque page web en parcours engageant, hiérarchisé, et porteur de valeurs. Un impératif pour renforcer la confiance et l’efficacité de la communication d’entreprise à l’ère du tout numérique.

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